LA LOCALE...Le blog d'une localière

Localière: correspondante locale d'un journal souvent petit et rural

08 juillet 2005

La retenue d'eau agricole

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Les chantiers en cours, voilà un reportage basique de la petite presse locale. Celui-ci intéressera les défenseurs de l'environnement. En miniature, il comporte tous les ingrédients des grandes batailles futures pour l'eau.

Notre coin de campagne a de sérieux soucis d'eau. Les interdictions préfectorales pleuvent.Il y a pourtant des rivières, de gros torrents de montagne. Oui, mais voilà...Les agriculteurs les pompent à sec. Ce qui fait hurler les loueurs de canoés-kayaks. Cet été, vous pouvez porter votre kayak sur votre dos, si vous tenez absolument à descendre la rivière. Mais les maïs, eux, sont bouffis d'eau. Leurs arrosages automatiques sont capables de laver ma voiture en un seul coup de jet à haute pression, quand je passe dessous.

J'ai appris l'existence du grand chantier ci-dessus par un voisin. Du coup, j'appelle les maires, les syndicats communaux, et je vais visiter le chantier en leur compagnie. Il s'agit d'une retenue d'eau agricole, disons d'un petit barrage, qui permettra, quand les rivières sont à sec, de fournir les agriculteurs en eau d'arrosage. L'eau est captée beaucoup plus loin, presque à la limite du département. Elle sera stockée en hiver et désaltèrera les mais durant l'été.

Le maire à l'origine de ce grand projet qui a mis dix ans à voir le jour est un cas à part: instituteur ET agriculteur ET maire. Où vont ses sympathies? Je comprends vite: aux agriculteurs, aux maïs. La terre est toujours pus forte. Il réussira à m'embobiner une demi-heure en m'assurant que grâce à ce mini-barrage, alimentée par une grosse rivière paresseuse sans soucis, notre rivière de montagne pourra couler des étés tranquilles. La vérité est différente: la rivière ne suffit plus. Alors, on continuera à la pomper sans merci, et on rajoutera l'eau de la grasse rivière de plus loin, stockée l'hiver dans ce barrage.

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Ce qui reste de la rivière en Août

Dès que je prononce le mot "maïs", il se crispe. "Il faut pas parler de ça". La localière, par ici, ne sert que d'attachée de presse. Au-delà, elle n'est plus la bienvenue. Je ferraille quand même. Il me jure que des études ont prouvé que le maïs ne consommait pas tant de m3 que ça. Tiens donc. Et puis, à la fin, il parle enfin vrai. "Qu'est-ce qu'on veut? Que la polyculture meure? Que les jeunes ne s'installent plus? Qu'on soit envahi par les logisticiens?". Il n'a pas tort. Notre campagne  est à proximité d'un grand axe européen, elle a déjà le TGV et deux autoroutes. Il ne faut pas rouler très longtemps pour voir surgir des zones industrielles, des "zones de compétences et d'excellence". Ce qui nous pend au nez, ce sont les immenses entrepôts de stockage des logisticiens, morts, vides, qui dévorent les hectares agricoles. Alors, les touristes et leurs problèmes de canoés sur la rivière, il n'en a rien à faire.

J'ai quand même réussi à caser les antipathiques maïs sur trois lignes dans l'article. On m'assure que quoi qu'en dise l'Europe agricole et les environnementalistes, on ne les lâchera jamais par ici, car ils n'y a pas meilleur aliment pour l'élevage. Or, la France est une grosse éleveuse. Et tant pis pour notre rivière agonisante, pour les touristes, pour les écologistes, pour les futurologues pessimistes.

La retenue d'eau agricole ne provoque aucune polémique dans le coin. Il faut être des agités de la ville pour avoir des scrupules pareils. Ce que les gens d'ici veulent savoir: s'ils pourront se brancher sur l'eau agricole pour arroser leur jardin et laver leurs voitures. Elle est tellement moins chère que celle de Vivendi. Le syndicat des eaux agricoles est heureux de leur communiquer que oui. Moi même, en voyant les prix dérisoires, en imaginant une production-maison de lavande, j'ai eu comme une tentation...De toute façon, qui va encore se baigner dans la rivière, comme avant, parmi les gens d'ici? Ils ont tous leur piscine devant leur pavillon. En plastique.

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10 juillet 2005

ça barde à la salle des fêtes

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Ce n'est pas celle dont il est question...

Ce soir, conseil municipal. Commune agricole, mais de gauche. Le maire, un prof, est le chef de file de l'opposition locale. Un conseiller municipal de droite fait état des lettres de plainte qu'il a reçu suite à une fête particulièrement bruyante à la salle des fêtes communale. C'est un scénario que je retrouverais dans presque tous les conseils municipaux. La salle des fêtes divise.

Toutes les communes ont profité des crédits ruraux pour faire ou refaire des salles de fêtes, avec bloc- cuisine. La location à des fêtes privées et mariages permet d'amortir le local. Au prix où sont les locations en ville, elles sont retenues très longtemps à l'avance pour des mariages. ça met de l'animation. Un peu trop.

Les "gens des pavillons" - ceux des nouveaux lotissements développés à la campagne pour faire gonfler la population - détestent les nuisances sonores. En bon citadins, ils dégainent vite la lettre recommandée dès qu'on touche au "calme de la campagne", qu'ils ont acheté à crédit. Dans cette commune, ce sont eux qui ont exigé le silence des cloches de l'église entre onze heures du soir et sept heures du matin. Le dernier mariage à la salle des fêtes les a rendu fou furieux.

Ce n'est pas la première fois. L'adjoint explique qu'une prise spéciale a été installée à prix d'or pour la sono, suite à de précédentes plaintes. Elle coupe le circuit automatiquement dès que les 80 décibels sont dépassés. Les DJ ont ordre d'utiliser uniquement cette prise. Evidemment, ils passent outre et se branchent sur une autre dès qu'elle saute. Si vous avez été payé pour faire danser la noce jusqu'à quatre heures du matin, vous savez de quel côté votre tartine est beurrée.

Que faire? L'élu de droite propose de retenir la caution déposée en mairie en cas de nouvelles nuisances sonores. Une élue de gauche n'y tient plus. Avec une colère froide, elle prend la parole: où va-t-on s'arrêter? D'abord, les cloches. Puis le ramassage des poubelles, trop sonore. Puis la salle des fêtes. Et la tolérance? Et l'esprit de communauté? Elle le voit se dégrader tous les jours, elle n'entend plus que des grincheux, des chougneurs. Si le maire ne pose pas de limites à ces jérémiades perpétuelles, pour sûr, l'esprit de village est foutu.

Le maire ne s'est pas trop mouillé. Le conseil municipal s'est séparé en froid. Dans une autre commune, où une noce avait rayé le parquet de la salle des fêtes, le conseil a décidé de taxer lourdement les "étrangers", ceux qui ne sont pas "d'ici".

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19 juillet 2005

Les travaux d'extension de la mairie

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Sans vouloir se moquer… Les toutes petites villes veulent faire comme les grandes. Elles ont des directeurs de cabinet, des points-presse, des communiqués de presse. C’est un peu dur de les prendre au sérieux, quand on croise tous les jours les élus au marché. La première fois, j’ai donc été surprise, en allumant mon ordinateur (sur connexion 56k très bas débit) de voir s’afficher par sursauts sur l’écran une « invitation presse » pour une visite à la mairie de D…, en présence « du député-maire »  pour constater « les travaux d’extension de la mairie ». Bon, d’accord, on y va. A 9 heures précises ? Un samedi ? Bon, on y va.

A 9 h, par un merveilleux matin de juillet, me voilà à D…, sur la place du village. Personne, mais alors, personne en vue. Même pas un chat pour traverser la place.  La mairie est morte.  Le lavoir fait un joli bruit de fontaine dans le silence. La campagne que l’on voit tout alentour est magnifique, juste un peu toastée sous le soleil. L’auberge est fermée.

A l’ombre du clocher, j’appelle les renseignements depuis mon portable. La mairie de D… s’il vous plait. Ça sonne dans le vide. Je l’entends très bien, je suis juste devant. Alors, la mairie de X…, ville du député-maire, s’il vous plait. L’officier d’état-civil qui décroche, une gentille dame que je reconnais à sa voix, est un peu perturbée par mon appel. Oui, il y a bien quelque chose de prévu pour Monsieur Le Maire, elle croit se souvenir, mais il n’y a personne à la mairie. On sent au-dessus de sa tête trois étages vides de mairie somnolente.  Et son appréhension des ennuis que peut causer cette correspondante venue de Paris, perpétuellement perdue sur les routes de campagne, et toujours en train d’appeler pour savoir si c’est bien la bonne heure, parce qu’il n’y a personne…. Ce n’est pas la première fois qu’elle m’a en ligne.

Sur la place du village, il y a une fenêtre ouverte, et des bruits de cuisine à l’intérieur. Le civet doit en être à la phase un. Pardon madame….Une dame en blouse s’approche avec un chien sur les talons. Oui, Elle n’est au courant de rien. Ah bon, il y a quelque chose à la mairie ? Ah bon, la mairie va être agrandie ? Nous partons voir. Finalement, derrière trois engins de chantiers, elle me fait découvrir la véritable entrée de la mairie. Par derrière, par le garage, et le local à poubelles, situés sur la « Place des droits de l’homme ».

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Et soudain, tout s’anime. Il y a le maire de D..., très rural, et son premier adjoint, lui aussi rural, ainsi qu'un type en marcel, shorts et Ray-Bans, avec un appareil numérique pendu au cou. C’est mon confrère, le correspondant local du « grand » journal régional. Et voilà la star, le député-maire de la ville voisine, en polo Lacoste du week-end. Il tient par la main un de ses fils, 6 ou 7 ans, traîné là pour apprendre sur le tas la poltique du terrain.

Je m’informe  sur l’actualité du jour. Le projet d’extension de la mairie consiste en la transformation du garage municipal en bureau du maire et d’un  grenier-entrepôt en salle du conseil. On entend les pigeons roucouler par les trous du toit. Il reste par terre un petit tas de blé sur la terre battue. Ça sera beau, bien sûr. La vieille mairie républicaine, de l'autre côté du bâtiment, sera transformée en bibliothèque et salle à tout faire pour les associations.

Bon, mais pourquoi a-t-on convoqué la presse locale autour de la bétoneuse avant même l’achèvement des travaux ? Mais voyons, c’est parce que grâce au député-maire de la ville voisine, 10 000 euros de la « réserve parlementaire » ont été débloqués et permettent de boucler le budget des travaux!  Le député-maire souligne à très haute voix qu’on ne pourra plus dire qu’il n’y en a que pour sa ville à lui, hein. L’extension de la mairie de D… est là pour prouver que non. 

Le correspondant en shorts est en train de lire quelque chose sur une photocopie que lui a remis l’adjoint au maire. C’est le récapitulatif et le coût des travaux. Des milliers d’euros qui voltigent dans le soleil pour la beauté et la modernisation du monde rural. Et tant pour la salle de réunion, et tant pour la réfection de l’électricité, le tout à l’égoût.

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Le député-maire se fait bien expliquer tout. Son fils se traîne derrière lui. Tout le monde se tutoie, comme sur le foirail. Soudain, le maire de D... se lance  dans une apostrophe au député d’où il ressort qu’il pourrait faire encore bien plus la commune de D…. Encore une poignée d’euros dans cette direction, Monsieur le Député. Même le correspondant local en shorts est estomaqué. « T’es gonflé, toi !» lance-t-il au maire. « Ben quoi, ça sert à ça un député… » répond le maire, sans battre d’un cil.

Ça devient intéressant. Je suis en plein cœur du système clientéliste du député du coin. Voilà pourquoi il est venu Place des Droits de l’homme un samedi à 9h du matin. Voilà comment il les tient. Un petit 5 000 euros pour la reprise du filtre de station d’épuration défectueux. Un petit 3 000 euros de contribution exceptionnelle au goudronnage de l’accès au cimetière ou autre chose. Tous ces voyages en TGV, ces séances de nuit à l’assemblée, ces permanences électorales, finissent là : dans les sous pour ceci ou cela. Il est quoi, finalement ? Le VRP qui va chercher l’argent à Paris. Il est leur obligé et le maire de D… trouve ça normal. On fait comme ça depuis Jules Ferry, par ici.

Le correspondant local en shorts rigole. Il ne doit plus en rester beaucoup quand même, des maires aussi natures que celui de D.... On aura peut-être deviné qu'il ne vote pas à gauche et qu’il penche encore plus à droite que le député, qui, lui-même, risque de verser dans le fossé à force de tenir sa droite. Les élus échangent les cancans  politiques  pendant que la presse locale mitraille les bétoneuses à l' appareil numérique. La communauté de communes voisine, l’ennemie politique (de gauche) a perdu une commune, qui fait dissidence.  Ah, ah, ça leur fait les pieds. Bref, on cause.

Bon, passons au traditionnel vin d’honneur. Il est quand même neuf heures et demie du matin. C’est la première fois que je bois du mousseux avant midi. Le bureau du maire, à cause des travaux, est une joyeuse pagaille. D’un grand carton contenant les restes du dernier repas des anciens, on tire des gobelets, des serviettes en papier, et deux vieux sacs de chips. Au mur, une vieille photo aérienne agrandie du village, en noir et blanc. Les bouchons sautent. Le mousseux fait chchcch dans le plastique des gobelets. Ces messieurs sont galants, ils me servent en premier.

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On sent bien que là, ils se retrouvent en terrain connu. Avant, durant la « visite de presse » entre les rouleaux de placoplâtre de la future salle du conseil, ils ne savaient pas trop bien que dire ou faire. Maintenant , ça va tout seul. Avec leur verre de mousseux en main, l’autre main posée sur la hanche, ils retrouvent leurs habitudes. On parle des textes qui se couvent à Paris, des nouvelles réglementations sur l’énergie éolienne. Est-ce que ça pourrait être intéressant ? Entendez : est-ce qu’il y a quelque chose à gratter ?

Le député-maire  passe en mode conférence à Science po, cite les alinéas, les amendements, le prix au Kwatt/h des énergies renouvelables, la date du vote au Sénat. Les visages du maire de D... et de l’adjoint se calent confortablement sur leur menton, dans l’encolure de leur chemisette à carreaux, sereins. Ils sont heureux d’avoir bien investi leurs votes. Derrière leurs petites lunettes d’élus, ils contemplent en quelque sorte leur chose. Le député-maire, un teigneux par ailleurs, n’a jamais été aussi aimable. Je vois en filigranne la balance des pouvoirs, dans le bureau temporaire du maire, sur fond de blés blond l’Oréal que l'on voit par la fenêtre. Il est leur vassal.

Un cran plus bas, dans mon champ de vision, il y a  le fils du député. Les coudes plantés sur le bureau du maire, il somnole et bouge les lèvres en lisant les petites lignes de l’étiquette sur  la bouteille de mousseux. J’ai l’impression que celui-ci ne fera pas de politique locale. Il aura ce vague souvenir poisseux de gamin tiré du lit trop tôt un samedi matin pour visiter avec papa la mairie de D…en chantier . Mais je peux me tromper.

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21 juillet 2005

La loi sur les fosses septiques

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Une salle du conseil, très "IIIe République à la campagne"

En été, je "couvre" une vingtaine de communes. Les conseils municipaux sont des étapes obligées. J'aime beaucoup les faire. Les élus se tutoient. Ils ont pris la peine de repasser à la maison pour enlever le bleu de travail et mettre un polo propre. On comprend très vite, sans sous-titrage, qui est de la majorité et de l'opposition, qui veille aux intérêts des agriculteurs ou des résidences secondaires. C'est durant le conseil municipal photographié ci-dessus (une commune sympa et cool) que j'ai pour la première fois entendu parler de la loi sur les fosses septiques.

En Janvier 2006 se déploira la ennième phase de la mise en conformité des eaux usées avec les directives de l'Europe. Pour les stations d'épuration et les réseaux de tout-à-l'égoût obligatoires, c'est fait. La loi a prévu de s'attaquer aux fosses septiques privées en 2006. Un gros morceau. Les stations d'épuration ont beau fleurir, les gens d'ici fonctionnent à la fosse septique individuelle, installées partout dans les années 70 et 80. D'ailleurs, les énormes stations d'épuration intercommunales fonctionnent à peine à 20% de leur capacité dans les communes que je couvre.

Pour faire un recensement du parc des chiottes non-conformes, des tournées d'inspection sont prévues chez les particuliers.  Le maire fait un tour de table: ça passe très très mal. "Ils peuvent essayer, ils rentreront pas chez moi!". Le maire propose de déléguer la patate chaude au comité régional des logements insalubres. Adopté à l'unanimité. Cette histoire d'inspecteurs des chiottes, même s'il y a des subventions à la clef  pour refaire les fosses, c'est une bombe électorale à retardement, ils le savent déjà. Un conseiller souligne qu'avec les ventes et les reventes de maisons, les gens ne savent même plus où est leur fosse septique. Comment les inspecteurs vont-ils faire pour la trouver ? Avec un détecteur à m...?

Très vite, tous les conseils municipaux ont mis ce problème à l'ordre du jour. Et j'ai vu naître doucement, de conseil en conseil, ce qui va faire vos "unes" locales en 2006. La guerre des chiottes ! Au dernier conseil municipal que j'ai couvert (200 habitants), le premier adjoint a carrément déclaré: "Qu'ils viennent! Ils me trouveront avec le fusil!". La saison de la chasse aux inspecteurs des chiottes est officiellement ouverte.

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28 juillet 2005

Du rififi dans les égoûts inter-communaux

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Encore un drapeau anonyme

Dernier conseil municipal avant les vacances dans la ville du député-maire. L'adjoint à l'urbanisme, tout gonflé d'importance, propose d' envoyer l'huissier au maire d'une commune limitrophe, pour mettre un terme à un vieux litige sur un égoût intercommunal. Le député-maire approuve et fait voter la décision à l'unanimité moins deux voix d'opposition.

Les deux communes se détestent depuis les guerres de religion. Les égoûts de la petite passent sur le territoire de la grande pour atteindre la station d'épuration inter-communale. Comment faire autrement? Oui, mais voilà. La "grande ville" (8000 habitants) a rompu tout lien avec l'inter-communale et cherche noise à ceux qui en font encore partie pour saper une alliance "de gauche". Les égoûts de la petite ville (2000 habitants), un jour de grosses pluies, ont causé nuisances et odeurs à la grande ville. Il a fallu réaliser quelques travaux en urgence. Que la petite ville n'a toujours pas réglé, apparemment. La grande ville leur envoie huissier et commandement de payer.

Je téléphone au maire de la petite ville. Veut-il s'exprimer sur ce litige avant que j'envoie mon compte-rendu? Il me fixe rendez-vous le jour de son conseil municipal, pour bien se border. D'habitude, la presse locale ne fait jamais ça, elle publie les compte-rendus, c'est tout.

Je comparais devant le conseil. On me demande de me présenter et d'exposer ma demande. Le conseil, assis en cercle, me renifle mentalement. Pas de chez nous, celle-là. Suspecte. Va nous mettre la pagaille. Pour sûr. Mais faut voir. Y a peut-être une carte à jouer. Je les entends penser.

J'apprends que ce litige dure depuis deux mandats. L'huissier est le dernier épisode d'un long feuilleton. La petite ville n'a jamais refusé de payer (dit-elle) mais pour le faire légalement, elle doit d'abord signer une "convention de passage des eaux usées" avec la grande ville, que personne n'a jamais pris la peine de coucher noir sur blanc, lors des travaux d'installation. Tout allait bien, à cette époque. Les maires étaient du même bord. Or, le nouveau député-maire de la grande ville n'a jamais voulu signer la nouvelle convention. Le conflit inter-communal est son moteur électoral. Il a intérêt à faire durer jusqu'au tribunal administratif.

Un élu m'apostrophe en me conseillant de ne pas me mêler de ça, que "je sais pas tout". On me regarde comme une très étrange créature, assez folle pour vouloir creuser dans les sédiments de trois siècles de conflits. Après le conseil, je m'entretiens en tête à tête avec le maire. Il me parle de son "ennemi", le député-maire. Ils se saluent très cordialement au Conseil général. Ce procédurier belliqueux, quelque part, l'intéresse et l'amuse. Il aimerait sans doute avoir un peu de son agressivité. L'affaire de l'égoût cache un autre sujet de discorde, le vrai. Le supermarché de la grande ville est implanté juste à la frontière des deux communes, mais... du côté de la petite ville. Qui récolte toute la taxe professionnelle, une mane non négligeable. Ca, le député-maire ne peut pas le supporter.

La vérité, l'objectivité, les faits, les preuves sont des concepts très citadins. Comme d'autres avant moi, je me suis enfoncée dans les sables mouvants de la politique locale et je n'ai jamais su le fin mot de l'histoire. Les dossiers sont quelque part dans le bureau du maire, qui ne tenait pas énormément à me les montrer. J'ai fait un modeste article sur le litige inter-communal, plein de conditionnels, avec des précautions dignes d'un exposé sur le mur de la bande de Gaza. Je n'ai eu aucun écho, ni bon, ni mauvais. Les décisions relatives au litige des égouts n'ont plus été inscrites à l'ordre du jour des conseils (je les reçois par email, pour les deux communes). Ils m'ont eu, c'est tout.

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01 août 2005

Le jour où je me suis accrochée avec le député-maire

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La "studette" pour étudiant ou personne âgée...

L'invitation est tombée la veille: le député-maire invite la presse à visiter l'immeuble rénové de la rue machin. Pourquoi toujours le samedi? Parce que le reste du temps, l'édile est à Paris.

Je suis en retard. A l'adresse indiquée, dans un vieil immeuble triste de la rue principale, j'entends la voix  du maire aux étages supérieurs. Je monte jusqu'à un trois-pièces où m'attend un spectacle étrange. Une jeune femme s'occupe de son bébé, dans un salon en très grand désordre, entourée du député-maire, des deux correspondant locaux des journaux concurrents,et d'un inconnu.  La presse locale, carnet de notes en main, prend quelques photos de la chaîne stéréo et du canapé.

De quoi s'agit-il? C'est le lieu du rendez-vous. Le nouveau propriétaire de l'immeuble veut nous faire visiter, en compagnie du maire, un ancien immeuble de la ville qu'il vient de transformer en appartements locatifs. La jeune femme est une nouvelle locataire. Elle n'a rien à voir avec cette histoire. C'était juste plus commode d'accueillir tout le monde dans un appartement déjà occupé. Manquent pas d'air...La locataire s'en fiche. Nous sommes transparents pour elle.

La vraie visite débute. C'est une horreur. Qui peut vivre dans un de ces appartements minuscules, donnant sur un mur, avec d'épais barreaux rouillés au fenêtre? "Des étudiants, des personnes âgées qui veulent bénéficier des commodités de la ville", dit le promoteur. Il vante les mérites de son placard à balais, 10 m2 cuisinette comprise, sans toilettes (sur le palier) repeint en jaune vif pour qu'un peu de couleur vienne éclairer cette tombe sombre et humide.  En traversant le palier, nous découvrons un deux pièces, toujours aussi  sombre (là, c'est la cheminée qui a été repeinte en jaune d'or, avec le fond du pot).

Clou de la visite: le "penthouse", où, à la place de la vue sur un mur, on jouit d'une vue sur la courette intérieure où s'épanouissent les poubelles de l'immeuble. Les barreaux des fenêtres sont monumentaux, un élément de décoration, presque, si on aime le genre métal gothique. Comment un appartement au cinquième étage, dans le Sud, peut-il être aussi sombre et froid? Mystère.

En redescendant les étages, je m'informe auprès du propriétaire. Il a effectué cette opération à titre d'investissement, pour sa retraite. Quel lien avec la vie communale? Aucun. Il connaît bien le maire, c'est tout. Ah, si...La ville manque de logements locatifs. C'est pour résoudre ce problème.

Dans la rue, je fais remarquer au maire sur le ton de la plaisanterie indulgente qu'il est quand même gonflé, de convoquer la presse pour promouvoir une opération immobilière privée. Alors là...Le vernis saute, et il pique une de ces crises pour lesquelles il est parait-il célèbre. Il parait que, plus jeune, il allait jusqu'à cracher sur ceux qui osaient lui déplaire. Qu'on lui a tiré dessus à la chevrotine pour lui régler son compte. Les participants s'écartent,  un cercle prudent se forme autour de nous.

- Je trouve que vous avez une étrange manière de poser vos questions, et ce n'est pas la première fois que je me fais cette réflexion.

Je sais. Il n'a pas apprécié que je lui demande devant témoins le taux d'endettement de la commune. Vais-je être excommuniée? Je prends mon ton le plus digne et ma hauteur la plus parisienne pour lui signifier que je ne comprend pas la finalité de cette "visite de presse".

Le correspondant local du grand journal régional (toujours en shorts) s'interpose. Très doucement, comme s'il maniait du TNT, il m'explique que la fuite des habitants vers les pavillons avec jardins, dans d'autres communes, est l'un des gros problèmes de ce mandat. Que Monsieur le maire est donc bien bon de lutter contre ce problème en accueillant des investisseurs capables de "revitaliser" le centre-ville.

Cette intervention a calmé le maire. Visiblement, mes confrères savent le manier. Ils me regardent comme une inconsciente très irresponsable. A quoi ai-je échappé? Sous prétexte de prendre mes photos, je m'éloigne du groupe. L'aura de violence qui entoure cet élu n'est pas fabriquée. Je l'ai vu traiter les conseillers de l'opposition, en séance du conseil, avec un mépris odieux. Policé et souriant dans ses interviews télévisées, à l'Assemblée, il devient un tyran agité de tics dès qu'il monte dans le TGV. Les élus des communes environnantes le craignent. Les procès, les recours au conseil d'Etat, au tribunal administratif, peuvent pleuvoir pour une conduite d'égoût mal raccordée.

Régner par la terreur est efficace dans le coin. Une torpeur masochiste plane sur cette ville. Les citoyens se plaignent, mais le re-élisent sans faille. Les localiers le tutoient, mais ne pipent jamais mot, ne posent jamais aucune question, ne font jamais aucune enquête qui fâche. Caméras de surveillance à tous les carrefours, milice municipale, expulsion des associations culturelles, ingérence dans les programmes des écoles, rien ne les fait bouger. Le rapport de forces est trop inégal.

Impossible de vous faire une chute drôle. Le maire m'a transmis par mail toutes les délibérations du conseil relative à la vente de cet immeuble à l'investisseur. Il s'est peut-être dit qu'il fallait se méfier, que je connaissais peut-être des gens, à Paris.

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15 août 2005

La fin des bals de village ?

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Un banquet d'avant-bal et un bal-disco

Gros malaise. Le bal de la fête de R..., semblable à tous les autres bals du mois d'Août, a été perturbé par une rixe (au couteau, dit-on). Un blessé à l'hôpital. Le préfet a signé un arrêté interdisant le second bal de ce soir, dimanche.  La place du village, entre les manèges et les stands de merguez, grouille de gendarmes. C'est étrange. D'autres rixes n'ont pas donné lieu à un arrêté aussi drastique. D'autres rixes n'ont pas figuré en première page du journal régional du dimanche matin, ce qui lui donne une dimension d'attaque du fourgon postal.

Que s'est-il passé? Et bien, justement, il est impossible de le savoir. La gendarmerie ne parle pas, le préfet non plus. Le maire de la commune est au quatre cents coups. Pourquoi ça tombe sur lui? Tout est flou, bizarre. Je mets les gendarmes sur le grill. Des "étrangers" auraient perturbé le bal, "comme d'habitude", en provoquant des bagarres, mais cette fois-ci "avec des armes". Quelles armes? On ne sait pas. On ne les a pas saisies? Non. Et ces "étrangers", ils venaient d'où? De la ville? Non. Alors ce sont des locaux. Oui. Quels locaux? Silence.  Silence dans le fourgon des gendarmes. Allez, on y va. Des gitans? Les petits jeunes des banlieues "dures"? Je n'arriverai jamais à en savoir plus. Je crois qu'en fait il n'y avait strictement rien d'autre qu'une bagarre de bal, gonflée cet été par le racisme local et l'obsession sécuritaire des élus du coin. On voit aujourd'hui des caméras de surveillance au-dessus du lavoir communal dans le plus petit village. C'est désespérant. La presse locale, la gendarmerie, la population, tout est confit dans un bain d'ignorance, de "on dit que", de périphrases, de zones d'ombre hantées de fantômes qui n'existent peut-être pas.

Finalement, un gradé me parle au téléphone. Il ne sait strictement rien sur cet incident en particulier, ou ne veut rien dire. Mais il raconte qu'il a été en poste dans un autre département, très loin. Là-bas aussi, il a vu fleurir peu à peu les interdictions préfectorales. Maintenant, c'est fait: il n'y a plus de bals de village dans ce département. Il pronostique le même scénario dans le nôtre.  La peur de rien du tout, et surtout la xénophobie rongent des gars d'ici, qui, rappelons-le, se sont copieusement castagnés de toute éternité, contre les gars du village voisin, après le bal.

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18 août 2005

Clochemerle

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J'ai appris en causant avec un président d'association une petite histoire de politique rurale. Celles que les gens de la ville adorent.

Tout au bout du département, sur un plateau dépeuplé, vivaient trois communes ennemies. Pour situer leur niveau d'isolement: quand le tunnel de la route de la vallée s'est effondré, les habitants ont du faire un détour de presque cinquante kilomètres pendant un an, par une autre route, pour faire les courses.

L'une de ces communes est ultra catholique. L'autre, ultra protestante. Et la dernière, ultra communiste. Les clochers se haïssent depuis quelques siècles. Chacune compte aujourd'hui une vingtaine d'habitants en hiver. Voici quelques années, un préfet leur a ordonné de se fondre en une seule commune. Il en avait assez de contresigner des décisions municipales où tous les conseillers portaient le même nom de famille. Le père, le frère, la cousine...

Ce fut une belle bagarre. Surtout pour choisir le nom qu'allait porter la nouvelle commune tripartite. Pour en sortir, le préfet a tranché: il a pris le nom du torrent qui traversait le canton et a ajouté Val devant. Comme ça, plus de contestations. Vous croyez que tout s'est arrangé avec le temps? Surtout pas. La commune de Val Machin est ingérable. Les recours, les cassations, les demandes d'arbitrages pleuvent entre membres du nouveau conseil municipal, pas du tout unifié. Le préfet est obligé de gérer la commune par arrêtés et décisions préfectorales depuis le chef-lieu.

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19 août 2005

Le tour du département avec le Conseil Général

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En ballade sur la départementale

J'ai été "convoquée" - on dit comme ça ici - à un petit-déjeuner de presse par le Conseil Général, qui dresse un premier bilan de la saison touristique. Le lieu du rendez-vous est un hôtel-restaurant. A mon avis, entre photos et discours, j'en ai pour une heure à tout casser. Le tourisme, c'est important. Mon secteur les traitent très mal mais tient beaucoup à leur taxe de séjour.

Finalement, j'en ai eu pour la journée. Personne ne m'avait prévenue qu'il s'agissait d'un grand tour du département "à la rencontre des professionnels du tourisme"  mené par le Président du Conseil Général himself et son staff rapproché. C'était génial. J'ai découvert la politique aux champs et de fort beaux coins, moi qui suis presque née ici.

Le petit-déjeuner de presse se tient dans le jardin d'un l'hôtel. Le Président du département me surprend. Il est cool, en chemisette et Ray-Bans, bronzé, très brun, un peu cacou. Rien à voir avec les agriculteurs montés en graine politique, ou les notables, qui faisaient la vie politique locale. Il a sans doute fait Sciences Po.  Son staff est composé de présidents locaux et ruraux de ceci et de cela (ils sont d'ici) et de fonctionnaires des collectivités, mutés dans ce département depuis la Bretagne ou l'Ile-de-France. Un peu goguenards, ceux-là.

Rien à signaler sur cette étape, consacrée au bilan de  l'hotellerie. L'hôtelier, pingre, nous offre un mauvais café avec un sucre (1) et c'est tout. La gastronomie n'est pas le fort du département, pas plus que le service ou la courtoisie. D'ailleurs, l'hotellerie est en crise, nous annonce-t-il.

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Bienvenue au gîte

Après, ça devient bien. Nous aterrissons dans un gîte magnifique, retapé façon Marie-claire Déco par un ex-ingénieur informaticien. A mon avis, il a touché de grosses indemnités et a "changé de vie". Mais il n'a pas pu s'empêcher de devenir Président des gîtes locaux. Ici, nous parlons du tourisme en gîtes, qui se porte très bien. Il se porterait encore mieux si la commune avait l'internet haut-débit, fait remarquer le maire de la commune, le seul à porter une cravate pour l'occasion. L'internet haut-débit, c'est la complainte de l'année.... Il arrive quand? Pour le tourisme, c'est vital. La clientèle d'aujourd'hui réserve au dernier moment, par internet.

J'apprends par un autre localier qu'il existe des gites encore plus luxueux sur mon secteur. Ils accueillent des stars pendant le Festival et organisent des week-ends à thème (truffes ou écriture de scénarii). Pourquoi j'ignorais tout ça? Les locaux et les "gens d'ailleurs" sont comme l'eau et l'huile, ils ne se mélangent jamais. Visiblement, je suis classée comme "locale". Heureusement, le propriétaire du gite me court après alors que je monte en voiture et me demande ma carte pour m'envoyer de futures invitations. Je suis repêchée du purgatoire des locaux, youpi !

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Les élus au resto (on voit rien, c'est tout noir, c'est fait exprès)

Chemin faisant, il est midi. Une table a été réservée dans un restaurant au bord d'une petite rivière, tout au sud du département, pour déjeuner avec les élus de ce canton. Extrêmement instructif. Assise en face du Président, je vois peu à peu plein de choses émerger de son numéro de déconneur méridionnal . Son oeil critique sur le service du restaurant (épouvantable), sa réflexion érudite sur le festival de jazz qui vient de s'achever, son apparté avec la conseillère du patrimoine. Il est sur le coup. Pourquoi avoir choisi ce restaurant ? Il n'est pas bon, le service est terrible, mais sa propriétaire est en chimiothérapie pour une tumeur. Il fallait faire quelque chose. Le dessert qu'elle nous a destiné sort directement du congélateur. La coupe en verre explose dans les mains du Président. "ça arrive tout le temps", dit-elle, philosophe.

A ma gauche, le directeur départemental du tourisme. Il me parle de la difficulté de "vendre" un département dont personne ne sait où il se situe. Une campagne de pub au Danemark a plus fait pour la fréquentation que tous les voyages de presse de journalistes parisiens. Nous nous découvrons une relation commune à Paris. Aussitôt, il rentre dans sa coquille.  Il a compris que je n'étais pas une localière du crû. Il se méfie.

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Le camping quatre étoiles

Et ça continue. J'adore rouler fenêtres ouvertes derrière la caravanne politique, me laissant guider dans mon propre département. Je vais découvrir un parc naturel  avec équipements pour colonies de vacances (le tourisme, c'est aussi les colos), avant de faire une longue halte dans une des locomotives du tourisme local: le camping quatre étoiles.

La piscine est bleu dur, la musique disco hurle dans les haut-parleurs, des enfants hollandais courrent dans  le restaurant en maillot de bain, les pieds mouillés. Les gens aiment ça. Les campings sont les tout-premiers hébergeurs de touristes.  Donc, le Conseil Général les soigne. Des subventions ont été versées pour les équiper du nouveau produit que la clientèle exige: les mobil-homes. Allons visiter.

Là, ça devient surréaliste. Je prend de l'avance sur le chemin poudreux qui conduit à l'enclos des mobil-homes pour faire une photo de groupe du Président et de sa troupe tandis qu'ils gravissent la colline. En contre-jour, sur fond de montagnes, il semble mèner ses disciples, tous en lunettes de soleil, vers l'avenir touristique. Avec le photographe du journal du sud du département, on se marre. Pour illustrer "Les politiques aux champs", c'est parfait.

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La visite officielle du mobil-home

Les mobil-homes sont affreux. Posés sur une pente caillouteuse, sous de maigres arbres, on y entend encore la musique de la piscine. Nous nous tassons dans un mobil-home vide de 15 m2 pour "visiter". Le président s'informe des prix. C'est très cher. 500 € la semaine en haute-saison. Il annonce, comme si de rien n'était, qu'il n'y aura plus de subventions pour les "structures légères d'habitation".Ah...Lui aussi, il déteste le mobil-home du fond de son âme? La priorité, désormais, c'est la formation et l'informatisation des offices de tourisme.

J'ai fait un article à ma manière, en décrivant la caravane et son itinéraire. Ca a surpris. Les localiers n'étaient supposés "que" répercuter les chiffres de la saison communiqués par les politiques. Je ne suis pas sûre qu'ils soient très fiables.

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26 août 2005

La station d'épuration ( suite et fin )

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Vous vous souvenez de la station d'épuration? (voir archives début juillet "La station d'épuration") Aujourd'hui, il y a conseil municipal de rentrée dans cette commune. On va connaître l'épilogue. J'ai appelé les opposants. Ils ne peuvent pas assister à ce conseil, ils ont quelque chose d'autre à faire. C'est mal parti pour eux.

La maire n'est pas trop contente de me voir arriver. Je suis la seule correspondante présente et je lui casse le côté "entre nous" qu'elle aime bien. Bien sûr, la station d'épuration est à l'ordre du jour. L'institutrice du village, conseillère municipale, tente timidement de faire entendre la voix de l'opposition. Cette station, puisqu'on ne peut plus s'y opposer, sera-t-elle vraiment aussi sûre, aussi propre, qu'on le dit? Bien sûr que oui, voyons.

Ensuite, les choses intéressantes ont commencé. Vous en souvient-il? La station d'épuration sert à rendre constructible une zone inconstructible. Au fil des délibérés, j'en apprends de belles. Un propriétaire a monayé son aval au projet contre un permis de construire pour transformer une grange en maison (interdit en zone agricole). Le terrain où va être construite la station a été préempté après des tractations incroyables et fort chères avec des héritiers tous brouillés entre eux.

Cette station revient une fortune au contribuable, pour desservir en tout...cinq maisons. Un des élus ne se prive pas de le dire à la maire, avec une courtoisie vipérine. Mais il vote quand même pour. Alors, pour faire des économies, on décide de commander un sable filtrant moins cher, bas de gamme, pour filtrer les saletés de la station. Pauvres écologistes riverains. Leurs étés seront torrides et puants, et le ruisseau, pas joli.

Il me reste de ce conseil le souvenir de la dispute soudaine et feutrée qui a éclatée entre deux élus, portant le même nom. Je n'ai rien compris à leurs allusions sur les permis de construires rendus valides par la station: il me manquait trop d'éléments. J'ai senti, comme tout le monde, une haine folle et rampante, comme seuls les villages de deux cents habitants peuvent en mijoter. La station d'épuration n'est pas qu'un équipement communal. Autour d'elle se jouent à huit-clos de multiples pièces à un seul thème: l'argent.

Posté par Briconcella à 21:34 - Politique locale - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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