LA LOCALE...Le blog d'une localière

Localière: correspondante locale d'un journal souvent petit et rural

01 juillet 2005

Les mariages

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Les mariages, avec les décès, sont les piliers de la petite presse locale. Il est bien vu de faire long et de mentionner qui sont les grands-parents et les arrière-grands-parents des bébés de la semaine. Sinon, qui le saurait dans le canton, quand leurs descendants ne portent pas le même nom ?

Chaque semaine, je fais donc le tour des petites mairies de mon secteur pour collecter l'état-civil. L'été, les samedis sont des jours bien remplis, à courir les mairies et les sorties d'église pour photographier les mariés, et surtout, la mariée.

Figurez-vous que cette tradition est en péril. Déjà, la mairie de D... m'avait sèchement répondu qu'elle ne communiquait plus les mariages à la presse, par discrétion, car certains couples s'étaient plaints.  Des histoires de divorce, de famille, vous comprenez...Et là, dernièrement, j'apprends que le conseil d'Etat aurait reconnu le "droit à la vie privée" des futurs mariés. La presse locale (l'autre s'en fout) n'aura le droit de publier les bans qu'avec l'accord exprès des futurs mariés. Une tradition s'effondre.  La mariée de juillet, sur la photo, va-t-elle me faire un procès?                              

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03 juillet 2005

Les lavandes bio

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Là-haut sur la montagne, je connais le dernier lavandiculteur de notre vallée. J'en ai profité pour proposer un article au journal sur les lavandes bio de Christian, qui a été accepté. J'avais un prétexte pour assister à la récolte de la lavande "fine", la lavande royale, celle qui ne pousse qu'au-dessus de 1 600 mètres car elle aime les nuits fraîches.

Quand vous arrivez fraîchement de Paris, le bonheur sur terre ressemble à ça. La route tellement pentue que les touristes ne s'y risquent pas, les carrés indigo de lavandes, le village (10 habitants en hiver, à tout casser), le silence, la lumière poudrée d'or.

Christian produit de la lavande bio par la force des choses. Vu l'escarpement des parcelles, elle est encore récoltée à la main, le tracteur ne passe pas. Pas d'engrais ou de traitements. Ils seraient emportés par les pluies dans les ravines. Donc, Christian cultive ses lavandes comme son père et son grand-père avant lui, à la dure. Quand les lavandiculteurs ont arraché leurs lavandes, le salut pour lui est venu du label biologique. Les laboratoires pharmaceutiques et cosmétiques, en Allemagne, demandaient du bio, de l'huile essentielle extra-pure. Christian a obtenu sans peine le fameux label, et a pu continuer à faire de  l"'extra-fine". Elle rend peu à l'hectare, elle cause du souci, mais  le kilo d'essence pure se vend très cher.

cueillette___la_serpette

Christian fait tout lui-même, avec ses fils. Il a son propre alambic de famille pour distiller, à l'entrée du village. Le four marche avec des brassées de lavandes sèches. Quand la lavande est distillée, les bidons partent dans la vallée, vers la PME qui fait des huiles essentielles bio. Même le distillat (l'eau perdue de la distillation) est récupérée dans des bouteilles  vides. Les lessiviers l'achètent pour parfumer les détergents.

La lavande n'a pas d'avenir, sauf en petites fioles auprès des touristes. Dans l'industrie de la parfumerie, sa senteur est passée de mode. La Chine, la Roumanie, la Bulgarie en produisent déjà suffisamment, bio ou non, pour écoeurer la planète entière. Les trois fils de Christian sont tous passés par le lycée agricole et voudraient rester dans leur village du bout du monde. Sur un coup de tête, je leur ai demandé un échantillon de leur essence de lavande fine. Je compte les envoyer à Guerlain, Chanel, Yardley. Un concept "Lavande d'antan", avec une qualité bio moderne, et les photos des montagnes où elles grandissent...

J'ai pris des dizaines de photos. L'industrie de la carte postale, c'est encore là où la lavande à l'ancienne marche le mieux. Mais en noir et blanc, dans le journal, j'ai été déçue: ça ne rendait pas très bien.

Voir sur la colonne de droite le lien vers l'album commenté de la distillation de lavande.

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12 juillet 2005

J'interviewe des vedettes de la chanson

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Pas besoin de légende

C'est mon premier festival rock en province. Et mon journal n'est pas très rock. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir écrire?  En attendant, je profite à fond de mon badge de presse. Ne prenez pas à la légère les petits festivals rock du monde rural. Ils drainent des trois-quatre milles jeunes tous les soirs. Le parking dans le champ est déjà plein de camping-cars. Le cerisier au bord du champ n'a plus une seule cerise.

L'attaché de presse, un jeune BTS Com très professionnel, me demande si je souhaite interviewer des chanteurs. Euh...Oui, d'accord. Qui est disponible? Magid Cherfi, ex de Zebda. Avec joie. Je ne sais pas comment je vais caser un interview de Magid Cherfi dans le journal, entre le challenge de rugby et les noces d'or, mais je vais essayer. Le carré presse est situé dans un préfabriqué, derrière le lycée agricole. Arrive Magid, qui s'ennuie à l'avance. Que peut-on demander à un chanteur pour le journal local? S'il connait la région? Oui, il a fait un concert il y a très longtemps au théatre municipal. La salle était pourrie, le public rare, mais il a connu un moment de grâce sur la scène, il ne sait pas pourquoi. Donc, il est content de revenir ici. J'apprends aussi qu'il a écrit un livre. Et bien sûr, nous parlons de son anti-Sarkozisme. Je ne vais pas réussir à faire passer tout ça dans le journal, je le sens d'avance.

Higelin, vedette de la soirée, n'était pas disponible, et c'est tant mieux. Qu'est-ce que j'aurais pu lui demander? S'il appréciait le petit vin local ? Le festival est très bon: toutes les têtes d'affiche que l'on voit à Paris y passent,  avant Paris. J'ai fait la connaissance de tous les localiers de la région, réunis pour l'occasion. Les seigneurs en sont l'équipe de Fr3 locale. Pour eux, on déplace des chaises, on change l'éclairage. Je me suis aussi pris d'amitié pour une très jeune reporter d'une toute petite radio des montagnes. Higelin est son idole. Elle rêve de le rencontrer.

Après le spectacle d'Higelin, j'ai attendu avec elle près des "loges", installées dans la cafeteria du lycée. Higelin, après le concert, était déchainé. On l'entendait tenir salon avec ses amis, dont un monsieur en chaise roulante. La petite reporter attendait, attendait. Finalement, Higelin est sorti de la loge, sans doute pour aller pisser. L'attaché de presse a présenté la demande d'interview de la petite reporter. "Mais j'ai rien à dire, moi" a répondu l'artiste, gentiment, avant de s'éclipser. Je le comprends. Mais j'étais triste pour la petite jeune fille, qui avait fait tant de kilomètres avec son magnétophone pour parler à son idole. Je m'en suis voulu de ne pas avoir inventé quelque chose pour accrocher Higelin.

J'avais deviné juste: le journal n'a pas voulu de l'interview de Magid. J'ai pondu un "bilan du festival" quelconque, en soulignant bien qu'il y avait pas eu de troubles, à part le pillage du cerisier et un tag sur le transformateur.

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15 juillet 2005

Le marathon bouliste

le_marathon_bouliste

Georgette, la correspondante locale de la commune d'à côté, m'appelle. Elle est "de mariage" ce week-end, et ne peut pas couvrir le marathon bouliste, une affaire très sérieuse dans la région. Je me chargerai donc de la photo et de l'articulet à sa place.

Ca commence mal: avec le président de l'association, je confonds boules (lyonnaises) et pétanque. Malheur! "Vous mériteriez d'être licenciée...". "La boule" est une chapelle à part et très susceptible, au pays de la pétanque. Le marathon bouliste consiste à jouer en équipes douze heures d'affilée, sous le cagnard. Nous sommes en pleine cannicule. Trente équipes s'affrontent, venues en car de tout le grand Est.

A midi, je fais une première visite et série de photos, pour les discours du maire et des présidents de fédérations boulistes. Les sponsors sont une marque de voiture et une marque d'anisette. Dans le jardin communal requisitionné comme salon d'honneur, le représentant de la marque d'anisette a décoré d'une rangée de bouteilles le toit de la voiture d'exposition du sponsor automobile. La chaleur est affolante, et les rangées de bouteilles disparaissent à toute vitesse. On boit depuis 9h du matin. Comment font-ils?

Je suis revenue à 21 h, pour la remise des coupes.Il faisait toujours aussi chaud. En sortant de la voiture (climatisée), sur la place de la poste, j'ai reniflé. Vous me croirez ou non, mais sur le village entier flottait un parfum d'anisette, alors que les terrains de boules sont au moins à deux cent mètres de la poste!Bon, d'accord, il faisait tellement chaud que la moindre trace d'humidité, meme alcoolisée, se répand très vite, mais quand même. En descendant vers le terrain de boules, je me suis demandée combien d'arrêts cardiaques, de congestions, d'insolations, et de comas ethyliques j'allais devoir annoncer. Mais non. Ravis de leur marathon, les boulistes étaient tous là, tous debouts. J'ai pris la photo de l'équipe gagnante, des "étrangers" d'une autre commune, à trente kilomètres de chez nous. Que vous ne verrez bien sûr pas, après tout ce que j'ai dit.

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17 juillet 2005

Le salon des travaux manuels

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Ces dames et leurs oeuvres

Je prend en charge une commune supplémentaire car la correspondante locale part en congés. Elle m'a laissé quelques instructions sur les événements à couvrir. Mon premier reportage m'amène dans le foyer culturel de la ville, qui abrite un salon informel de travaux manuels. La canicule fait rage à l'extérieur. A l'intérieur, dans la pénombre tiède, les stands proposent les plus belles réalisations de ces dames (et quelques hommes).

Ne riez pas. Le monde rural traverse en ce moment une énorme vogue des travaux manuels qui touche tous les âges et milieux. J'avais déjà remarqué ce phénomène dans mon village, où chacun a chez soi un objet décoré "à la serviette", une technique qui fait fureur cette année. Elle consiste à découper les motifs d'une serviette en papier et à les appliquer sur des plateaux, cailloux, assiettes, théières, avant de les recouvrir d'une couche de vernis. Il faut des serviettes spéciales, que chacun va acheter dans une nouvelle grande surface de la grande ville, entièrement consacrée aux travaux manuels. Comme quoi, il y a un vrai marché, une réalité économique, derrière cette brutale passion pour le fait-main.

J'ai rencontré des brodeuses (classique) mais aussi des jeunes chômeuses qui s'initiaient à la calligraphie chinoise entre deux envois de CV, une mère et sa fille dingues de scrapbooking (l'art de faire des carnets de souvenirs originaux), un jeune homme en galère qui n'arrivait pas à vendre ses sculptures en fer-forgé, de très jolies choses et des horreurs, des techniques de teinture japonaises, des femmes au foyer peintres, une collectionneuse d'ours en peluche...Comme d'habitude, j'ai été fascinée par ces patchworks de vies, où revenait, comme ailleurs, mais plus qu'ailleurs, la constante du chômage. Comment la province rurale tient-elle encore debout, avec ce vide sidéral de perspectives? La vogue des travaux manuels dans le jardin, sous le platane, doit avoir quelque chose à y voir.

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23 juillet 2005

Les cavaliers des steppes

danses_mongholes

Spectacle folklorique sur le terrain de basket

Les locaux aiment le folklorique. Les jupes enrubannées des Arméniennes, et les choeurs baltes obtiennent toujours un grand succès, d'autant plus qu'ils sont gratuits (la mairie subventionne).

Je me suis dévouée. Une seule fois, avec ma nièce. Je n'ai pas aimé. Je suis tombée sur une troupe venue du fin fond des steppes d'Asie Centrale. A priori, c'est bien, et plutôt rare.

Comment décrire ce malaise? Tout est pauvre, factice, malgré de riches costumes très exotiques. Les danseurs n'ont qu'une estrade sur le terrain de basket. Ils se changent dans les vestiaires du gymnase du groupe scolaire. Les spectateurs, qui ont tous préféré le groupe arménien (ces yeux bridés, ils viennent d'où?), parlent fort pendant les chants traditionnels, ou s'en vont carrément. En passant derrière l'estrade, pour prendre les photos, je vois deux cavaliers des steppes fumer leur clope en attendant leur tour. Eux aussi se fichent complètement de cette étape.

cavaliers_mongols

A l'entracte, c'est pire. La troupe déplie des stands et passe rapidement à l'action. Encens, artisanat, briquets made in China sont à vendre. On sent la routine bien rodée, et une motivation bien plus grande que pour la danse traditionnelle. Les danseuses sont restées en costumes pour tenir les stands. Les flash d'appareils numériques se déchaînent.

danseuse_folklorique

J'ai tenu jusqu'à la fin pour pouvoir ensuite interviewer le chef de troupe. Il est étudiant, commes les autres, dans ce pays d'Asie où vivent les descendants de Gengis Kahn.  La tournée leur peremt de voir du pays pendant les vacances.  Assis sur deux chaises d'école, nous avons tenté de communiquer en Anglais. J'ai appris que la tradition des femmes contortionnistes venait de chez eux. Autrefois, seul les chefs de clan pouvaient entretenir et disposer de cette rareté à des fins érotiques.

Je les ai vus remonter dans le car. En jeans et baskets, comme tout le monde, ils allaient dormir dans le car en traversant la France vers leur prochain spectacle. Leur énergie, leur indifférence à cette ville exotique dans laquelle ils se sont arrêtés quelques heures, l'indifférence des locaux pour eux et leur pays, trop lointain....Les soirées folkloriques, ça casse. Pour passer à autre chose, nous sommes allées manger une glace avec ma nièce. A 22h30, en plein été, il n'y avait personne aux terrasses des cafés et sur la grande place.

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24 juillet 2005

Ma nuit des étoiles

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Une association locale d'astronomie propose chaque été une soirée d'observation des étoiles, à 70 km de mon village, sur un col de montagne. Rien à voir avec "La nuit des étoiles" nationale du mois d'Août, un truc nul et de masse que j'ai aussi couvert plus tard. Dans un parc moche en bordure de la nationale, les phares de voitures ne nous ont pas laissé une chance de voir une étoile, sauf la pleine lune).

Cette soirée est beaucoup plus intîme.  On se gare dans un champ, dans le parfum des foins coupés. Au loin, des voix nous guident vers le lieu de rendez-vous. Sur place, surprise. D'énormes lunettes astronomiques, très sophistiquées, ont été posées dans l'herbe, devant un restaurant-refuge. Qui a préparé tout ça? Les bénévoles du club d'astronomie. Très généreux, ils transbahutent leur matériel perso, hyper cher, hyper fragile, pour faire partager leur passion. Tout est gratuit.

Vous devez savoir que regarder les étoiles d'été à la lunette est toujours magique. Là, c'était encore plus spécial. Le ciel de juillet, pas de pollution lumineuse, l'odeur de foin coupé, la gentillesse des bénévoles...En trébuchant dans le noir pour passer d'une lunette à l'autre, on entend un petit garçon crier avec l'accent "Maman, viens voir, j'ai Véga!". Un monsieur âgé, ingénieur à la retraite, est assis sur un pliant à côté de la plus grosse lunette, un mastodonte à objectif motorisé. Patiemment, il explique et re-explique la voie lactée, les constellations de juillet, à un auditoire qu'il ne voit pas, dans le noir.

Plus tard, un autre bénévole nous a fait un exposé sur les trous noirs et les naines géantes, avec des diapos, sur la terrasse du refuge. Depuis sa retraite, il  est devenu spécialiste de la photographie astronomique. Les épouses de ces savants font passer des thermos de café.

Les étoiles brillent par millions. Repus d'observation à la lunette, les gens s'allongent dans l'herbe. Des bribes de conversation entre inconnus flottent dans la nuit. Un adolescent dit à voix haute que ça lui a fait du bien de revoir une certaine étoile (XB quelque chose). Il a sa photo dans sa chambre mais il ne s'en souvenait plus bien. Mes deux voisins me questionnent dans le noir. Je suis correspondante locale? C'est quoi? Ah, ça doit être très agricole, vous parlez des tracteurs, des chasseurs, c'est ça? Des messieurs de la ville, en vacances, sans doute.

Nous sommes redescendus dans la vallée, encore sous le charme. J'ai réussi à  prendre une photo de la lune en gros plan, par le viseur de l'une des lunettes astronomiques. Elle rend très bien dans le journal, en noir et blanc.

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26 juillet 2005

L'affaire des chauve-souris

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Les chauve-souris nichent dans la fissure du mur (en haut à droite)

Quelle histoire! Je rase les murs en ville, pour un incident dont je ne suis absolument pas responsable. Je suis victime d'une coquille. La presse de province est célèbre pour cette spécialité. Cet été, c'est tombé sur moi.

Pour préparer la première quinzaine d'août, quand les bureaux du journal ferment, je dois trouver matière à remplir  mes pages locales pour deux numéros d'affilé,  imprimés en même temps. Je pars en chasse et suis assez fière de boucler mes pages en trouvant au débotté, à la terrasse d'un café, un recenseur de chauve-souris. ça existe. Les instances locale de protection de la faune et flore ont mis au point un programme de sauvegarde de la chauve-souris, espèce en voie de disparition. Les néo-ruraux n'aiment pas les chauve-souris et les massacrent à coups de balai. Le recenseur de chauve-souris parcourt les villages à la recherche de "gîtes" (c'est le nom des nids) pour les répertorier et suivre leur population au fil du temps. Voilà mon sujet central de la semaine! L'environnement, c'est intemporel. Je prend la photo du recenseur en plein travail au pied du monument local, une tour médiévale.

Entre temps, la rédaction me téléphone. La mairie a fait savoir qu'un article sur l'exposition-rétrospective du respecté peintre local (cubiste) serait le bienvenu pour relancer sa fréquentation. Je m'exécute en urgence, après avoir visité l'exposition, cise dans la tour médiévale (celle des chauve-souris), et interviewé le commissaire de l'exposition, l'association des amis du peintre, l'administratrice du lieu d'expo. Je suis très mal à l'aise avec le cubisme et les comptes-rendus artistiques en général. Pour illustrer l'article, je transmets à la rédaction, loin dans la grande ville, une reproduction d'une toile, représentant la tour médiévale en style cubiste.

Vous devinez ce qui s'est passé? Non? Les légendes des photos ont été interverties. Le tableau cubiste du peintre est sorti avec, en légende, tout un discours sur l'art de recenser les chauve-souris dans les vieilles pierres. Le regard posé sur moi par la directrice du lieu d'expo a radicalement changé. Elle a dû effacer la légende au tipex avant de photocopier l'article pour la revue de presse du député-maire. Je n'ose même pas imaginer l'opinion qu'a de moi le commissaire de l'exposition. J'ai renoncé à l'appeler pour m'excuser (de quoi?). Je rase les murs.

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27 juillet 2005

La course de petites voitures

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Le départ

Toujours en remplacement de ma collègue en congé, je couvre aujourd'hui la course de caisse à savons, un grand classique d'été.  La ville convient bien à la course car elle offre une côte vertigineuse avec des virages, qui part de l'église et s'achève à la porte des remparts.La caisse à savons, une planche et quatre roulettes, s'est beaucoup sophistiquée depuis la première édition. Les familles passent des heures à construire des bolides en forme de tout (matelas, avion, camion boucherie Sanzot, engin spatial).

Les pères ne résistent pas aux petites voitures: la course est donc aussi ouverte aux adultes, et les temps sont classés selon un barème très compliqué d'âge du conducteur. Trente concurrents sont au départ. Dans les virages, les sorties de route contre les bottes de paille sont nombreuses. Même pas mal.

arriv_e_course L'arrivée de la course

C'est une jolie course familiale qui occupe toute l'après-midi car les concurrents font plusieurs descentes pour améliorer leurs temps et leur classement. Aux commentaires des spectateurs, derrière les bottes de paille, je comprends vite qu'il y a un lézard. En gros, la course est truquée. Les concurrents ne trichent pas, mais depuis plusieurs années, les podiums sont monopolisés par une seule et même famille. Aujourd'hui encore, le père, son fils de quinze ans, son oncle, sont les mieux placés. Ils rafleront toutes les coupes et toutes les bouteilles de mousseux.

podium Le podium

Les gens en ont marre. Comment font-ils pour être toujours les plus rapides, les meilleurs? C'est simple: le père est le garagiste du village. Toute l'année, les loisirs de la tribu sont consacrés à l'amélioration des prototypes et à l'entrainement intensif sur toutes les côtes du canton. J'ai touché un mot de cette injustice dans mon compte-rendu.

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29 juillet 2005

Un grand coup de TGV dans la gueule, ça réveille

pont_tgv

Le TGV est rentré dans le paysage. Après des milliers d'heures de mobilisation anti-TGV et de recours, il s'est quand même installé. On le trouve même pratique. Cet été, nous n'avons pas beaucoup joué au "coup du TGV", une attraction classique offerte aux visiteurs.

Il consiste à se garer sous un arbre, près d'un pont passant sur les voies du TGV, et à dire au visiteur. "Tiens, si on allait voir passer le TGV?". La route est déserte, les blés sont blonds. On marche dans le silence jusqu'au pont et on s'accoude à la rambarde. Après une certaine attente dans le grand calme de la campagne, le TGV surgit brutalement  d'un tunnel, lancé à 300 à l'heure,  et se rue férocement vers notre groupe, sur le pont. L'effet est garanti, je vous assure, même pour nous qui sommes des habitués. Je suis sûre que le conducteur a lui aussi un moment de panique, qu'il craint un suicide collectif  sur son passage. Le souffle, le bruit...Whaou! ça réveille.

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