LA LOCALE...Le blog d'une localière

Localière: correspondante locale d'un journal souvent petit et rural

01 septembre 2005

La machine à récolter les pompons

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J'ai appris à faire de l'actu avec trois fois rien. Cette machine agricole, par exemple. J'ai su par hasard qu'on n'en trouvait pas plus de quatre exemplaires dans toute la France. Eh bien, la photo a été publiée en pages "régionales" de mon journal, celles que lisent trois départements. Ce sont des départements agricoles, les nouvelles technologies des champs les intéressent.

Les agriculteurs de mon département travaillent souvent pour les "semenciers" (les producteurs de semences agricoles). Les cosses de graines de certains légumes (appelés "pompons") sont difficiles à récolter. A maturité, la cosse doit être cueillie sans retard, avant qu'elle ne sèche et s'ouvre. Il faut donc embaucher des dizaines de récolteurs sur une petite semaine pour ne rien perdre de la récolte. Jusqu'au jour où l'agriculteur sur la photo a entendu parler d'un collègue bricoleur, à l'autre bout de la France.

Celui-ci a inventé un prototype. Attachée à un tracteur, une faucheuse est capable de couper le pompon bien proprement, et très vite. Un petit tapis roulant expédie les pompons dans la benne du second tracteur à droite. Eh hop! Plus besoin d'embaucher de la main-d'oeuvre.

Notre semencier a traversé la France pour acheter le prototype. Il en est très content. Les jeunes du village, beaucoup moins. Ils ne peuvent plus compter sur ce petit boulot, juste avant la rentrée scolaire. Dans ce champ, la machine a fait une démonstration pour la presse avec des pompons de poireaux.

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02 septembre 2005

Naître à la maison

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En été, pourquoi pas...                                           En hiver, c'est moins drôle

J'ai appris l'existence d'un réseau de sages-femmes qui font naître les bébés campagnards à la maison par un spécialiste du Marquis de Sade. Quel rapport? C'est comme ça, à la campagne

Le spécialiste de Sade tient une boutique de livres d'occasions dans la ville voisine. Très libertaire, mais néanmoins très érudit. J'étais passée le voir pour m'informer. Le marquis de Sade a-t-il vraiment séjourné dans la ville, ou pas? C'était important pour un article  sur la "semaine du Patrimoine". Il m'a assuré que oui. Voir page tant des lettres du marquis, dans l'édition de la Pléïade. Les brochures touristiques n'en font jamais mention. Sade n'est toujours pas réhabilité, par ici. De plus, ce que le marquis avait à dire de la région après son bref séjour n'était pas jojo. En gros: ça pue, c'est plein de moustiques, c'est un coin pourri, n'y venez jamais.

Sur un rayon de la boutique, j'ai découvert une importante collection d'ouvrages sur l'accouchement. Un peu étonnant, vu le bonhomme, Sade, tout ça. Il m'a informé qu'il servait de "relais d'information" à une association de sages-femmes et de futures mères qui accouchaient à la maison. J'ai téléphoné.

80 bébés sont nés à la maison en 2005 dans le département, principalement dans mes montagnes. C'est énorme. Évidemment, ce sont les écolos, les libertaires, les pas-comme-les-autres, qui adoptent cette démarche. Quand on peut supporter les nuits d'hivers là-haut et la bise dans une bergerie retapée, mal chauffée, on peut tout affronter. Mais les communautés babas des années 70 ont légué aux altermondialistes d'aujourd'hui un système bien rodé. La sage-femme s'occupe de l'accouchée le jour venu, après de fréquentes réunions d'information et de contrôle entre femmes. Elle appelle l'ambulance ou l'hélico du centre hospitalier si quelque chose cloche. Comme les petites maternités et les hôpitaux de campagne ferment les uns après les autres, les pouvoirs publics laissent faire. C'est ça, ou faire 100 bornes pour accoucher.

Pour le trentième anniversaire de l'association, les sages-femmes ont invité Frédéric L..., le chantre de l'accouchement naturel dans l'eau, qui va sur ses 90 ans. J'ai décliné l'invitation.  Tout savoir sur l'accouchement avec des cris de dauphins sur cassette, dans le noir, dans un baquet d'eau chaude, là-haut sur la montagne, c'est trop pour moi.

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03 septembre 2005

C'est la rentrée!

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Une correspondante locale ne peut pas se dispenser de la photo de  rentrée des classes, ce serait une faute professionnelle. Pour cette commune, la photo s'imposait d'autant plus que l'an prochain, les élèves intègreront un nouveau groupe scolaire, pur béton. Il n'y aura plus de "classe à double niveau", de WC au fond de la cour, de planchers qui grincent. Je suis d'autant plus motivée par mon devoir que j'ai effectué mon CP dans cette école! J'ai rusé pour que ma nièce soit au premier plan de la photo de groupe. Que vous ne verrez pas. Et que personne n'a vue, puisque, faute de place avec toutes ces rentrées scolaires dans tous les villages, elle a été sucrée.

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04 septembre 2005

Allo ?

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A l'heure où France-Telecom arrache les cabines téléphoniques en province (tout le monde a un portable), j'ai rencontré cet antique téléphone public dans un village. La boite accrochée au mur de la poste contenait un téléphone, en cas d'urgence. Du genre: "Cassez la vitre en cas de besoin absolu". C'est bien qu'ils l'aient gardée.

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15 septembre 2005

Mes confrères

Là, je risque gros. Je n'ai que le plus grand bien ou le plus grand mal à en dire. Rien au milieu.

Le plus grand bien: deux localiers au nord de mon secteur. Ils s'entraident et se filent des photos alors qu'ils travaillent pour des journaux concurrents. L'un est une citadine que la mutation de son mari à installé aux champs, mais traite sans aigreur son petit boulot de localière et ne dit jamais de mal à ses collègues des artistes locaux et des associations de village souvent croquignolettes qu'elle doit chroniquer. L'autre est un gendarme à la retraite, marié à une jeune femme asiatique, et père de trois beaux enfants métisses. Je l'ai particulièrement apprécié quand il a piqué une gueulante contre la désinformation pratiquée par son propre corps d'armée sur la violence dans les petits bals de village.

Le plus grand mal La localière du journal concurrent dans mon propre village. Un concentré des défauts des locaux. Double jeu, grande gueule, haine  du et de la "pas d'ici". Ceux du grand journal régional dans la ville voisine, attachés de presse dociles et ultra-complaisants de la mairie.

Je m'interroge sur l'étonnant correspondant local du troisième journal. Il n'a pas le permis de conduire. On le voit donc sur le bord des routes, se rendant à pied aux visites de presse et manifestations, ses longs cheveux blancs au vent, sac au dos. Très silencieux, très renfermé.  Un libertaire à la retraite? Pas vraiment le genre de son canard. J'ai eu l'occasion de le transporter en voiture et de bavarder un peu. J'ai découvert une autre façette du personnage. Il laboure le secteur depuis vingt ans et a appris à se murer totalement pour traverser les marécages politiques locaux sans se vendre trop. On ne sait pas s'il est chroniquement désespéré, ou ennemi du genre humain en général après cette expérience.

La maladie professionnelle du correspondant local de province est de tout savoir sur les gargouillis du marigot politique et ne rien pouvoir dire (ou écrire). Honneur à ceux qui en souffre.

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