Là, je risque gros. Je n'ai que le plus grand bien ou un peu de  mal à en dire. Rien au milieu.

Le plus grand bien: deux localiers au nord de mon secteur. Ils s'entraident et se filent des photos alors qu'ils travaillent pour des journaux concurrents. L'un est une citadine que la mutation de son mari à installé aux champs, mais traite sans aigreur son petit boulot de localière et ne dit jamais de mal à ses collègues des artistes locaux et des associations de village souvent croquignolettes qu'elle doit chroniquer. L'autre est un gendarme à la retraite, marié à une jeune femme asiatique, et père de trois beaux enfants métisses. Je l'ai particulièrement apprécié quand il a piqué une gueulante contre la désinformation pratiquée par son propre corps d'armée sur la violence dans les petits bals de village.

Le plus grand mal  Un concentré des défauts des locaux produit aussi des localiers double jeu, grande gueule, haine du ou de la "pas d'ici" (surtout de Paris). 

Je m'interroge sur l'étonnant correspondant local du troisième journal. Il n'a pas le permis de conduire. On le voit donc sur le bord des routes, se rendant à pied aux visites de presse et manifestations, ses longs cheveux blancs au vent, sac au dos. Très silencieux, très renfermé.  Un libertaire à la retraite? Pas vraiment le genre de son canard. J'ai eu l'occasion de le transporter en voiture et de bavarder un peu. J'ai découvert une autre façette du personnage. Il laboure le secteur depuis vingt ans et a appris à se murer totalement pour traverser les marécages politiques locaux sans se vendre trop. On ne sait pas s'il est chroniquement désespéré, ou ennemi du genre humain en général après cette expérience.

La maladie professionnelle du correspondant local de province est de tout savoir sur les gargouillis du marigot politique et ne rien pouvoir dire (ou écrire). Honneur à ceux qui en souffre.