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En ballade sur la départementale

J'ai été "convoquée" - on dit comme ça ici - à un petit-déjeuner de presse par le Conseil Général, qui dresse un premier bilan de la saison touristique. Le lieu du rendez-vous est un hôtel-restaurant. A mon avis, entre photos et discours, j'en ai pour une heure à tout casser. Le tourisme, c'est important. Mon secteur les traitent très mal mais tient beaucoup à leur taxe de séjour.

Finalement, j'en ai eu pour la journée. Personne ne m'avait prévenue qu'il s'agissait d'un grand tour du département "à la rencontre des professionnels du tourisme"  mené par le Président du Conseil Général himself et son staff rapproché. C'était génial. J'ai découvert la politique aux champs et de fort beaux coins, moi qui suis presque née ici.

Le petit-déjeuner de presse se tient dans le jardin d'un l'hôtel. Le Président du département me surprend. Il est cool, en chemisette et Ray-Bans, bronzé, très brun, un peu cacou. Rien à voir avec les agriculteurs montés en graine politique, ou les notables, qui faisaient la vie politique locale. Il a sans doute fait Sciences Po.  Son staff est composé de présidents locaux et ruraux de ceci et de cela (ils sont d'ici) et de fonctionnaires des collectivités, mutés dans ce département depuis la Bretagne ou l'Ile-de-France. Un peu goguenards, ceux-là.

Rien à signaler sur cette étape, consacrée au bilan de  l'hotellerie. L'hôtelier, pingre, nous offre un mauvais café avec un sucre (1) et c'est tout. La gastronomie n'est pas le fort du département, pas plus que le service ou la courtoisie. D'ailleurs, l'hotellerie est en crise, nous annonce-t-il.

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Bienvenue au gîte

Après, ça devient bien. Nous aterrissons dans un gîte magnifique, retapé façon Marie-claire Déco par un ex-ingénieur informaticien. A mon avis, il a touché de grosses indemnités et a "changé de vie". Mais il n'a pas pu s'empêcher de devenir Président des gîtes locaux. Ici, nous parlons du tourisme en gîtes, qui se porte très bien. Il se porterait encore mieux si la commune avait l'internet haut-débit, fait remarquer le maire de la commune, le seul à porter une cravate pour l'occasion. L'internet haut-débit, c'est la complainte de l'année.... Il arrive quand? Pour le tourisme, c'est vital. La clientèle d'aujourd'hui réserve au dernier moment, par internet.

J'apprends par un autre localier qu'il existe des gites encore plus luxueux sur mon secteur. Ils accueillent des stars pendant le Festival et organisent des week-ends à thème (truffes ou écriture de scénarii). Pourquoi j'ignorais tout ça? Les locaux et les "gens d'ailleurs" sont comme l'eau et l'huile, ils ne se mélangent jamais. Visiblement, je suis classée comme "locale". Heureusement, le propriétaire du gite me court après alors que je monte en voiture et me demande ma carte pour m'envoyer de futures invitations. Je suis repêchée du purgatoire des locaux, youpi !

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Les élus au resto (on voit rien, c'est tout noir, c'est fait exprès)

Chemin faisant, il est midi. Une table a été réservée dans un restaurant au bord d'une petite rivière, tout au sud du département, pour déjeuner avec les élus de ce canton. Extrêmement instructif. Assise en face du Président, je vois peu à peu plein de choses émerger de son numéro de déconneur méridionnal . Son oeil critique sur le service du restaurant (épouvantable), sa réflexion érudite sur le festival de jazz qui vient de s'achever, son apparté avec la conseillère du patrimoine. Il est sur le coup. Pourquoi avoir choisi ce restaurant ? Il n'est pas bon, le service est terrible, mais sa propriétaire est en chimiothérapie pour une tumeur. Il fallait faire quelque chose. Le dessert qu'elle nous a destiné sort directement du congélateur. La coupe en verre explose dans les mains du Président. "ça arrive tout le temps", dit-elle, philosophe.

A ma gauche, le directeur départemental du tourisme. Il me parle de la difficulté de "vendre" un département dont personne ne sait où il se situe. Une campagne de pub au Danemark a plus fait pour la fréquentation que tous les voyages de presse de journalistes parisiens. Nous nous découvrons une relation commune à Paris. Aussitôt, il rentre dans sa coquille.  Il a compris que je n'étais pas une localière du crû. Il se méfie.

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Le camping quatre étoiles

Et ça continue. J'adore rouler fenêtres ouvertes derrière la caravanne politique, me laissant guider dans mon propre département. Je vais découvrir un parc naturel  avec équipements pour colonies de vacances (le tourisme, c'est aussi les colos), avant de faire une longue halte dans une des locomotives du tourisme local: le camping quatre étoiles.

La piscine est bleu dur, la musique disco hurle dans les haut-parleurs, des enfants hollandais courrent dans  le restaurant en maillot de bain, les pieds mouillés. Les gens aiment ça. Les campings sont les tout-premiers hébergeurs de touristes.  Donc, le Conseil Général les soigne. Des subventions ont été versées pour les équiper du nouveau produit que la clientèle exige: les mobil-homes. Allons visiter.

Là, ça devient surréaliste. Je prend de l'avance sur le chemin poudreux qui conduit à l'enclos des mobil-homes pour faire une photo de groupe du Président et de sa troupe tandis qu'ils gravissent la colline. En contre-jour, sur fond de montagnes, il semble mèner ses disciples, tous en lunettes de soleil, vers l'avenir touristique. Avec le photographe du journal du sud du département, on se marre. Pour illustrer "Les politiques aux champs", c'est parfait.

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La visite officielle du mobil-home

Les mobil-homes sont affreux. Posés sur une pente caillouteuse, sous de maigres arbres, on y entend encore la musique de la piscine. Nous nous tassons dans un mobil-home vide de 15 m2 pour "visiter". Le président s'informe des prix. C'est très cher. 500 € la semaine en haute-saison. Il annonce, comme si de rien n'était, qu'il n'y aura plus de subventions pour les "structures légères d'habitation".Ah...Lui aussi, il déteste le mobil-home du fond de son âme? La priorité, désormais, c'est la formation et l'informatisation des offices de tourisme.

J'ai fait un article à ma manière, en décrivant la caravane et son itinéraire. Ca a surpris. Les localiers n'étaient supposés "que" répercuter les chiffres de la saison communiqués par les politiques. Je ne suis pas sûre qu'ils soient très fiables.