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J'ai appris en causant avec un président d'association une petite histoire de politique rurale. Celles que les gens de la ville adorent.

Tout au bout du département, sur un plateau dépeuplé, vivaient trois communes ennemies. Pour situer leur niveau d'isolement: quand le tunnel de la route de la vallée s'est effondré, les habitants ont du faire un détour de presque cinquante kilomètres pendant un an, par une autre route, pour faire les courses.

L'une de ces communes est ultra catholique. L'autre, ultra protestante. Et la dernière, ultra communiste. Les clochers se haïssent depuis quelques siècles. Chacune compte aujourd'hui une vingtaine d'habitants en hiver. Voici quelques années, un préfet leur a ordonné de se fondre en une seule commune. Il en avait assez de contresigner des décisions municipales où tous les conseillers portaient le même nom de famille. Le père, le frère, la cousine...

Ce fut une belle bagarre. Surtout pour choisir le nom qu'allait porter la nouvelle commune tripartite. Pour en sortir, le préfet a tranché: il a pris le nom du torrent qui traversait le canton et a ajouté Val devant. Comme ça, plus de contestations. Vous croyez que tout s'est arrangé avec le temps? Surtout pas. La commune de Val Machin est ingérable. Les recours, les cassations, les demandes d'arbitrages pleuvent entre membres du nouveau conseil municipal, pas du tout unifié. Le préfet est obligé de gérer la commune par arrêtés et décisions préfectorales depuis le chef-lieu.