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Un banquet d'avant-bal et un bal-disco

Gros malaise. Le bal de la fête de R..., semblable à tous les autres bals du mois d'Août, a été perturbé par une rixe (au couteau, dit-on). Un blessé à l'hôpital. Le préfet a signé un arrêté interdisant le second bal de ce soir, dimanche.  La place du village, entre les manèges et les stands de merguez, grouille de gendarmes. C'est étrange. D'autres rixes n'ont pas donné lieu à un arrêté aussi drastique. D'autres rixes n'ont pas figuré en première page du journal régional du dimanche matin, ce qui lui donne une dimension d'attaque du fourgon postal.

Que s'est-il passé? Et bien, justement, il est impossible de le savoir. La gendarmerie ne parle pas, le préfet non plus. Le maire de la commune est au quatre cents coups. Pourquoi ça tombe sur lui? Tout est flou, bizarre. Je mets les gendarmes sur le grill. Des "étrangers" auraient perturbé le bal, "comme d'habitude", en provoquant des bagarres, mais cette fois-ci "avec des armes". Quelles armes? On ne sait pas. On ne les a pas saisies? Non. Et ces "étrangers", ils venaient d'où? De la ville? Non. Alors ce sont des locaux. Oui. Quels locaux? Silence.  Silence dans le fourgon des gendarmes. Allez, on y va. Des gitans? Les petits jeunes des banlieues "dures"? Je n'arriverai jamais à en savoir plus. Je crois qu'en fait il n'y avait strictement rien d'autre qu'une bagarre de bal, gonflée cet été par le racisme local et l'obsession sécuritaire des élus du coin. On voit aujourd'hui des caméras de surveillance au-dessus du lavoir communal dans le plus petit village. C'est désespérant. La presse locale, la gendarmerie, la population, tout est confit dans un bain d'ignorance, de "on dit que", de périphrases, de zones d'ombre hantées de fantômes qui n'existent peut-être pas.

Finalement, un gradé me parle au téléphone. Il ne sait strictement rien sur cet incident en particulier, ou ne veut rien dire. Mais il raconte qu'il a été en poste dans un autre département, très loin. Là-bas aussi, il a vu fleurir peu à peu les interdictions préfectorales. Maintenant, c'est fait: il n'y a plus de bals de village dans ce département. Il pronostique le même scénario dans le nôtre.  La peur de rien du tout, et surtout la xénophobie rongent des gars d'ici, qui, rappelons-le, se sont copieusement castagnés de toute éternité, contre les gars du village voisin, après le bal.