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Ce plafond peint et décoré de motifs floraux date de...1624 (il est signé). Le maître de maison avait fait des frais pour recevoir Louis XIII (une nuit). Les demeures historiques ne sont pas rares en France, mais elles le sont dans mon secteur. La roche nue et médievale est plutôt son genre de beauté. D'où mon impression d'avoir eu accès à un secret élégant et très bien gardé. Peut-être même à un trésor.

Tout a commencé par un article historique sur le patrimoine de la ville. L'été, pour permettre aux bureaux du journal de fermer quinze jours, les localiers doivent préparer des articles à l'avance. Le sujet "patrimoine" intemporel est le bienvenu. Le seul  grand homme de la ville voisine est l'un des fondateurs de l'école d'équitation française. Ce personnage Renaissance à barbe blanche fut le premier  à recommander de traiter les chevaux avec douceur. Car la gentillesse est aux chevaux comme la fleur au fruit, qui, une fois arrachée, ne repousse jamais (je cite de mémoire). Voilà l'homme qu'il me faut pour mon article.

Prise d'un accès d'audace qui, apparemment, n'a jamais frappé aucun localier, je téléphone à la famille qui occupe actuellement sa demeure. Et je demande à visiter...Sans doute estomaquée par mon culot, la famille accepte. Le jour dit, je rencontre la maîtresse des lieux, une très vieille dame aveugle et charmante. Une résistante, par ailleurs. Parce qu'elle savait parler allemand, elle fut embauchée comme traductrice par l'occupant, et rendit de grands services aux maquisards en caftant.

J'ai visité la maison avec sa fille. Un salon inouï, aux décors Renaissance consacrés à la danse et à la musique, où la famille a installé ses bergères et son canapé contemporains, et c'est tout, m'a-t-elle dit. Repertorié à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, ce salon n'a jamais interessé personne depuis, jamais été ouvert pendant les journées du patrimoine, jamais photographié par les adjoints à la culture, qui n'y ont jamais mis les pieds. C'est délicat, en province, de pénétrer l'intimité des gens. De plus, cette maison appartient à la famille d'un maire de la ville, mort depuis longtemps, mais d'un tout autre bord que l'actuel. Bref, on ne visite pas. Dans le salon se trouvent deux très intéressantes grandes gravures encadrées, représentant Richelieu, et Louis XIII. D'où viennent-elles? Personne ne le sait. Je dirais qu'elles ont été données directement par les intéressés au maître de maison, à la place de fleurs ou de chocolats. Mais personne ne va me croire.

Le salon, au moins, a été inventorié quelque part, sous Malraux. Mais le reste...Comme le garage. Autrefois, on entrait dans la demeure par le parc et non par la rue, comme actuellement. Les entrées d'honneur, au niveau du jardin, sont donc aujourd'hui un garage, où le jeune homme de la maison range son bric-à-brac. Et quel garage! Les voûtes et les murs sont entièrement recouverts de perspectives et décorations en trompe-l'oeil,sur panneaux de bois.  Comment ont-elles résisté à quatre siècles d'abandon? Mystère.

le_plafond_du_garage

Le plafond du garage...

Ce n'est pas fini, bien sûr. Rappelons-nous qu'il s'agit de la demeure du fondateur  de l' école française d'équitation. Or, que voit-on en sortant du "garage", sur la gauche? Un trou dans la roche donnant sur...les écuries, dans leur jus, intouchée depuis (quasiment) cette époque. J'y ai vu, à la lueur du briquet, des instruments et des accessoires pour chevaux,abandonnés là depuis toujours. J'imagine qu'ils rendraient fous les collectionneurs. Rien n'a été touché, car personne ne s'est plus intéressé à l'équitation dans cette maison après le départ du grand homme pour la Cour. Depuis les écuries, on débouche sur un souterrain, qui communiquerait avec les remparts et le chateau-fort, dans un amoncellement de pierres intouchées depuis...la destruction des remparts, sous Louis XIII, toujours lui. Alors que les historiens locaux se cassent la tête pour reconstituer l'histoire architecturale de la ville et de ses remparts, faute d' archives, aucun n'est jamais venu ici et n'était au courant de l'existence du souterrain.

le_pavillon_au_fond_du_jardin

Il ne faut pas oublier, au fond du jardin, ce pavillon abandonné. J'ai averti les historiens locaux, mais je doute qu'ils osent aller voir de plus près.La famille propriétaire ignorait tout de  l'histoire du grand homme.

Le plus étrange? La jeune fille de la maison, sans rien savoir de ce passé, n'a qu'une passion: l'équitation.

Je n'ai pas parlé de toutes ces merveilles mystérieuses dans l'article (trop court), juste du bon écuyer à barbe blanche.Je l'ai titré "L'homme qui aimait les chevaux" car Robert Redford est plus connu que lui. Je ne suis pas sûre que les lecteurs s'en souviennent. C'est pour un autre genre de presse.