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Ces dames et leurs oeuvres

Je prend en charge une commune supplémentaire car la correspondante locale part en congés. Elle m'a laissé quelques instructions sur les événements à couvrir. Mon premier reportage m'amène dans le foyer culturel de la ville, qui abrite un salon informel de travaux manuels. La canicule fait rage à l'extérieur. A l'intérieur, dans la pénombre tiède, les stands proposent les plus belles réalisations de ces dames (et quelques hommes).

Ne riez pas. Le monde rural traverse en ce moment une énorme vogue des travaux manuels qui touche tous les âges et milieux. J'avais déjà remarqué ce phénomène dans mon village, où chacun a chez soi un objet décoré "à la serviette", une technique qui fait fureur cette année. Elle consiste à découper les motifs d'une serviette en papier et à les appliquer sur des plateaux, cailloux, assiettes, théières, avant de les recouvrir d'une couche de vernis. Il faut des serviettes spéciales, que chacun va acheter dans une nouvelle grande surface de la grande ville, entièrement consacrée aux travaux manuels. Comme quoi, il y a un vrai marché, une réalité économique, derrière cette brutale passion pour le fait-main.

J'ai rencontré des brodeuses (classique) mais aussi des jeunes chômeuses qui s'initiaient à la calligraphie chinoise entre deux envois de CV, une mère et sa fille dingues de scrapbooking (l'art de faire des carnets de souvenirs originaux), un jeune homme en galère qui n'arrivait pas à vendre ses sculptures en fer-forgé, de très jolies choses et des horreurs, des techniques de teinture japonaises, des femmes au foyer peintres, une collectionneuse d'ours en peluche...Comme d'habitude, j'ai été fascinée par ces patchworks de vies, où revenait, comme ailleurs, mais plus qu'ailleurs, la constante du chômage. Comment la province rurale tient-elle encore debout, avec ce vide sidéral de perspectives? La vogue des travaux manuels dans le jardin, sous le platane, doit avoir quelque chose à y voir.