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Ce n'est pas celle dont il est question...

Ce soir, conseil municipal. Commune agricole, mais de gauche. Le maire, un prof, est le chef de file de l'opposition locale. Un conseiller municipal de droite fait état des lettres de plainte qu'il a reçu suite à une fête particulièrement bruyante à la salle des fêtes communale. C'est un scénario que je retrouverais dans presque tous les conseils municipaux. La salle des fêtes divise.

Toutes les communes ont profité des crédits ruraux pour faire ou refaire des salles de fêtes, avec bloc- cuisine. La location à des fêtes privées et mariages permet d'amortir le local. Au prix où sont les locations en ville, elles sont retenues très longtemps à l'avance pour des mariages. ça met de l'animation. Un peu trop.

Les "gens des pavillons" - ceux des nouveaux lotissements développés à la campagne pour faire gonfler la population - détestent les nuisances sonores. En bon citadins, ils dégainent vite la lettre recommandée dès qu'on touche au "calme de la campagne", qu'ils ont acheté à crédit. Dans cette commune, ce sont eux qui ont exigé le silence des cloches de l'église entre onze heures du soir et sept heures du matin. Le dernier mariage à la salle des fêtes les a rendu fou furieux.

Ce n'est pas la première fois. L'adjoint explique qu'une prise spéciale a été installée à prix d'or pour la sono, suite à de précédentes plaintes. Elle coupe le circuit automatiquement dès que les 80 décibels sont dépassés. Les DJ ont ordre d'utiliser uniquement cette prise. Evidemment, ils passent outre et se branchent sur une autre dès qu'elle saute. Si vous avez été payé pour faire danser la noce jusqu'à quatre heures du matin, vous savez de quel côté votre tartine est beurrée.

Que faire? L'élu de droite propose de retenir la caution déposée en mairie en cas de nouvelles nuisances sonores. Une élue de gauche n'y tient plus. Avec une colère froide, elle prend la parole: où va-t-on s'arrêter? D'abord, les cloches. Puis le ramassage des poubelles, trop sonore. Puis la salle des fêtes. Et la tolérance? Et l'esprit de communauté? Elle le voit se dégrader tous les jours, elle n'entend plus que des grincheux, des chougneurs. Si le maire ne pose pas de limites à ces jérémiades perpétuelles, pour sûr, l'esprit de village est foutu.

Le maire ne s'est pas trop mouillé. Le conseil municipal s'est séparé en froid. Dans une autre commune, où une noce avait rayé le parquet de la salle des fêtes, le conseil a décidé de taxer lourdement les "étrangers", ceux qui ne sont pas "d'ici".